
Pffffffff. Ils regardent tous cet appareil bêtement. Tout ça pour un morceau de papier. Pire encore, ils se sont installés sur mon banc. Celui sur lequel je monte la garde du magasin.
"Souriez, souriez" le photographe ne sait dire que ça. Et bien je ne souris pas mais en plus je lui tourne le dos à ce photographe de malheur. Photo artistique, n'importe quoi elle sera publiée où sa photo ? Et mes maîtres sont tout contents. Il faut que je leur fasse comprendre que c'est ridicule. Jamais ils ne seront des stars. Les pauvres, ils se voient déjà sur les affiches à tendre la main à Charlie Chaplin. C'est bien méchant de leur faire croire ça. Et moi, ils y ont pensé à moi ? Pendant huit jours ils vont me rabattre les oreilles avec leur histoire de célébrités...
Et cette histoire de petit oiseau, les animaux qui arrivent par enchantement ce sont les lapins, pas les oiseaux et puis il rate à chaque fois son tour de magie. Je vois juste une lumière éblouissante. Le photographe a dit de prendre une pause naturelle, ben c'est raté. D'habitude, ils sont jamais cinq au même endroit en même temps. S'il fallait du naturel, il fallait me photographier moi, sur mon banc avec le vieux Maurice qui dort à côté. De toute façon sa photo elle marchera jamais. Des gens comme nos maîtres, assis sur un banc, on sort de chez soi, on fait trois pas, on en voit douze alors pensez donc. Regardez comme ils sont habillés ils ont même pas mis leurs habits du dimanche. Et si le cliché était imprimé de quoi auraient-ils l'air ? De personnes n'ayant rien à faire et sales comme pas deux. Parfois, je me demande si je n'ai pas été choisi pour sauver le tableau. Quel gâchis de pellicule !!!"
Zoé
Photographie du calendrier de l'almanach du facteur 2008 Oberthur


